L'Histoire
Écrit par Vanessa   
28-03-2008

» Une histoire de mecs, imaginée par une femme...

Vengeances, mesquineries, rancoeur: l'histoire d'amour tourne à la scène de ménage, d'autant que Marc, autoritaire et possessif, ne supporte pas que Serge puisse aimer quelque chose que lui-même vomit. Il se sent exclu, comme répudié. C'est là le vrai sujet de la pièce: l'amitié peut être passionnée, intransigeante et douloureuse. Yasmina Réza a ficelé, en très fine dialoguiste, cette comédie, en réalité très ambitieuse, malgré quelques vannes faciles sur la psychanalyse, les belles-mères et, surtout, l'art (attention au rire gras sur l'abstraction, le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch est un chef-d'oeuvre qui a beaucoup marqué Martin Barré, très bon peintre disparu l'année dernière, dont les toiles ont inspiré ici Yasmina Reza). Et nos trois matous déchaînés honorent largement leur contrat. Vaneck, jaloux et féroce, Luchini, aux yeux ronds, blessé et dangereux, Arditi enfin, le meilleur au finish, tolérant, doux, trop tendre face aux deux durs. Ils sont égocentriques, pervers, incohérents, généreux, séduisants. Des hommes, quoi!

» Serge a acheté un tableau

" Mon ami Serge a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux. Mon ami Serge est un ami depuis longtemps. C'est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l'art. Lundi, je suis allé voir le tableau que Serge avait acquis samedi mais qu'il convoitait depuis plusieurs mois. Un tableau blanc, avec des liserés blancs " commente Marc.

» Celui-ci vient donc voir l'oeuvre.

Il éclate de rire au nez de Serge devant ce qu'il appelle une " merde ". Ne comprenant pas comment Serge ait pu acheté cette toile 200 000 francs, Marc va trouver Yvan, leur ami commun, pour connaître son avis. Abasourdi dans un premier temps par le prix, Yvan se dit ensuite que si cela fait plaisir à Serge, il n'y a pas de raison de le critiquer. Marc dénigre cette attitude ainsi que celle de Serge, qui n'a pas d'humour, prétend-il. Mais Yvan affirme qu'avec lui, Serge rira.

» Chez Serge, Yvan ne parvient pas à s'ésclaffer...

...et se laisse même convaincre par Serge qu'il ressent "une vibration". Serge confie à Yvan qu'il regrette que Marc ait perdu tout sens de l'humour.
Plus tard, chez Marc, Yvan lui avoue avoir rit avec Serge. Il avoue également qu'il n'a pas détesté ce tableau. Marc fulmine : "Evidemment, on ne peut pas détester le rien !" Il reproche à Yvan son manque de "consistance". Yvan, en effet, répète les mêmes analyses "picturales" que Serge.
Chez Serge, Serge et Marc attendent Yvan, encore en retard. Marc semble dans un premier temps faire amende honorable mais excité par les propos de Serge, son ton monte. L'arrivée de Yvan et de ses problèmes liés à son futur mariage apporte un peu de répit. Mais les trois amis sont entraînés dans une spirale. Yvan, au milieu, tente d'arbitrer le conflit mais ne fait que l'envenimer davantage.

» Lassé, Yvan part. Mais revient aussitôt.

Les trois amis sont entraînés dans une spirale et ne peuvent s'arrêter. Marc et Serge en arrivent aux mains. Mais le pire est évité grâce à Yvan, qui s'interpose et qui reçoit le coup. Calmé, Serge et Marc s'expliquent sur leur relation et les sentiments qui les unissaient. Pour Marc, Serge a changé depuis qu'il fréquente le monde de l'art et qu'il a lancé à Marc, qu'il n'était pas supérieur à ces autres amis, aux autres hommes. "Et toi, qui es-tu comme ami qui n'estime pas son ami supérieur ?" lance Marc. Pour lui, Serge admirait la singularité de Marc. Et Marc aimait le regard de Serge.

» Emportés, ils accusent Yvan d'être la cause du conflit de part sa position "d'arbitre".

Celui-ci éclate enfin. Il déteste sa vie, mais fait avec. Sa véritable nature apparaît enfin. Sur le point de pleurer, il cède finalement aux rires devant la "merde blanche" de Serge. Et Marc est également gagné par ce fou rire. Serge rapporte alors le tableau et donne un stylo à Marc. Marc dessine alors sur la toile un petit skieur. En le laissant faire, Serge montre qu'il tient plus à son ami par les évènements et les mots ".

» Finalement, les feutres étaient lavables.

Serge le savait, mais n'a rien dit.
"Pouvais-je commencer une période d'essai par un aveu aussi décevant ?" Et Marc, à travers cette preuve d'amitié, redécouvre le sens de la toile et par la même le sens de sa relation avec Serge et Yvan : "Sous les nuages blancs, la neige tombe. On ne voit ni les nuages blancs, ni la neige. Ni la froideur et l'éclat blanc du sol. Un homme seul, à skis, glisse. La neige tombe. Tombe jusqu'à ce que l'homme disparaisse et retrouve son opacité. Mon ami Serge, qui est un ami depuis longtemps, a acheté un tableau. C'est une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt. Elle représente un homme qui traverse un espace et qui disparaît. "
Dernière mise à jour : ( 28-03-2008 )